Marathon de Montréal 2015 - Geneviève Asselin-Demers ou la course comme exutoire - Oasis
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Marathon de Montréal 2015 – Geneviève Asselin-Demers ou la course comme exutoire

Publié le 5 Janvier 2016

Elle a remporté la première place chez les femmes au Marathon Oasis Rock’n’Roll de Montréal 2015 et elle considère la course à pied autant comme une drogue que comme une thérapie. Geneviève Asselin-Demers, 27 ans, nous parle de son expérience marathonienne et du rôle de la course dans sa vie.

1. Comment la course est-elle entrée dans votre vie?
J’ai commencé à courir jeune : 5 ou 10 km le matin, pour le plaisir. Quand j’habitais à Québec, je faisais de la compétition d’aviron et de canot à glace. C’est lorsque je suis revenue vivre à Montréal que j’ai commencé sérieusement la course à pied. La première année, j’ai cependant dû arrêter un an à cause d’une blessure au pied. Pendant ce temps, j’ai fait du vélo de route et du vélo de montagne. Là, j’ai vraiment trippé à faire des compétitions et à faire des podiums. Une fois mon pied guéri, l’année d’après, j’ai recommencé la course à pied et j’ai réalisé des belles performances. Et quand je suis arrivée deuxième au Marathon de Magog, je me suis dit : « Ça y est, je me lance! ». Cette année, j’avais 19 courses à l’horaire.

2. Que vous apporte la course, dans votre vie de tous les jours?
Juste l’entraînement,  c’est une drogue en soi! L’effet des endorphines est tout simplement… indescriptible.

Je suis ingénieure et même s’il m’arrive d’aller sur les chantiers, mon travail se fait surtout dans un bureau. La course à pied me permet de jumeler mon emploi, qui est très statique, et l’énergie que j’ai en surplus. Parce que de nature, j’en ai beaucoup, de l’énergie!  Quand j’étais jeune, ma mère devait absolument m’envoyer jouer au ballon dehors quelques heures avant mes devoirs. Après seulement, je pouvais me concentrer (rires).

Pour moi, courir, c’est m’évader complètement. Durant la journée, j’ai toujours des chiffres dans la tête. Quand je vais courir, je laisse tout ça derrière, c’est mon moment à moi.

3. Comment se prépare-t-on physiquement et mentalement à courir 42 km?
D’un point de vue technique, je m’entraîne tous les jours, beau temps mauvais temps. C’est certain qu’il y a des matins où je n’ai pas envie d’y aller. Il est 4 h 30, il fait encore noir… En fait, le pire, c’est de mettre ses souliers.

Je m’entraîne 3 à 4 heures par jour même si je sais que ce n’est pas recommandé. Je suis juste incapable d’en faire moins! Je sépare souvent mes entraînements en deux : un le matin et un autre au retour du travail.

Pour ne pas me blesser, je jumèle plusieurs sports, dont le spinning (pas d’impact) et la course à pied (impact). Plusieurs diront que ce n’est pas ce qu’il y a de meilleur, que si tu veux performer à la course, tu dois t’entraîner à la course. Les avis divergent. Moi, je n’ai pas d’entraîneur parce que de toute façon, je ne l’écouterais pas! J’écoute mon corps.

Malgré tout, je ne me considère pas comme la fille la plus en forme. Mais je crois que j’ai le meilleur mental!  Je suis hyper orgueilleuse : quand je commence une course, il n’est pas question que j’abandonne! Je ne pense pas que quelqu’un de « mou » dans la vie peut courir un marathon. Parce qu’à un moment donné dans le parcours, c’est sûr que tu as mal.

4. Quel était votre objectif en vue du Marathon Oasis Rock’n’Roll de Montréal?
Deux semaines avant le marathon, je disais à tout le monde, un peu à la blague : « Je m’en vais le gagner, ce marathon-là »! En fait, c’est parce que je savais qu’au marathon d’Ottawa, j’avais fait  2 h 59 m 17 s et que la gagnante de celui de Montréal avait fait 3 h 02 l’année d’avant. Aussi, le terrain et la température étaient relativement semblables, même si à Montréal, il y a parfois des canicules – ce qui joue beaucoup sur le moral et sur l’hydratation.

Je voulais arriver première mais en même temps je n’y croyais pas totalement. Je me disais : « Hey, la petite fille de Repentigny, calme-toi un peu! ». Malgré tout, comme mes courses précédentes de 21 et de 30 km s’étaient bien déroulées, je me sentais prête pour Montréal.

Genevieve-Asselin-Demers-Marathon-Oasis-Montreal-2015

Geneviève Asselin-Demers avec sa médaille d’or, le 20 septembre 2015.

5. Quel a été votre plus grand défi durant la course?
Au 35e km, j’ai fait une « chute de déshydratation ». Comme il ne faisait pas si chaud cette journée-là, je ne m’étais pas très bien hydratée. Je voyais des étoiles, je voyais tout noir, mon temps diminuait et je ne pouvais pas courir aussi vite que je le voulais. Ma sœur est venue près de moi et m’a dit : « Geneviève, tu ralentis, Geneviève, tu ralentis! ». Je le savais, mais je n’étais pas capable de pousser plus. Elle m’a quand même rassurée en me disant que la deuxième était encore loin. Puis après, plus rien… avant de finalement lancer : « Elle s’approche là, elle s’approche! ». Là j’ai vraiment eu peur. Je voyais encore des étoiles. Je sentais que je ne serais pas capable de soutenir le rythme. Je sentais que je n’avais plus aucun jus. Ça été le moment le plus dur.

6. Qu’est-ce qui vous a aidée à poursuivre quand même?
Je me suis dit : « Je survis, je « kicke » mes pieds en avant, une jambe à la fois, jusqu’à la fin. »

7. Et en général, qu’est-ce qui vous aide à traverser les moments plus difficiles pendant les courses ou les entraînements?
J’ai perdu des êtres chers récemment, donc souvent je leur parle. Tu t’entraînes tellement fort pour ces moments-là que tu te dis : « No pain, no gain ». Tu donnes tout ce que tu as.

Aussi, j’essaie de m’amuser. Parfois, quand j’ai vraiment mal, je me dis : « Mais pourquoi je fais ça? » Parce que j’éprouve aussi du plaisir à la fin. J’essaie de trouver des côtés positifs.

8. La première pensée que vous avez eue au fil d’arrivée?
« J’ai soif! ». J’aurais bu deux litres d’eau! Après, ça été de retrouver ma famille. Ça été long parce que j’ai eu beaucoup de monde autour de moi. Ça a donc pris une bonne demi-heure avant que je puisse les voir.

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Geneviève Asselin-Demers recevant son prix de Jean Gattuso, président et chef d’exploitation d’Industries Lassonde.


9. Comment se passent les journées suivant une telle performance?
Le lendemain, je n’étais pas du tout courbaturée, donc ça s’est bien passé. La chose à laquelle je m’attendais le moins, c’est d’être aussi sollicitée. J’avais 150 messages sur Facebook!  Ensuite j’ai pris du repos, puis je me suis inscrite à d’autres courses.

10. Maintenant, comment voyez-vous les prochaines étapes?
Pour l’instant, du repos. En février, la saison recommence. Est-ce que je vais aller défendre mon titre? Sûrement, mais je préfère ne pas me prononcer définitivement pour le moment.

11. Le meilleur conseil que vous pourriez donner à quelqu’un qui souhaite courir un marathon?
De s’écouter. Chaque personne connaît son corps mieux que quiconque.